Burkina Faso: 15,1 milliards de perte pour l’utilisation abusive des produits chimiques dans le coton et l’orpaillage

09 oct. 2013

imageProduits chimiques. UNDP Burkina Faso 2013

Au Burkina Faso, l’utilisation abusive des produits chimiques dans plusieurs secteurs d’activités contribue à la dégradation rapide des sols, des eaux,  de l’air, entrainant ainsi un impact majeur sur la santé des populations.

L’orpaillage

L’orpaillage est une activité très florissante (environ 700000 familles au Burkina en vivent) et avantageuse pour l’économie du pays.

L’utilisation anarchique du cyanure et du mercure pour amalgamer et capter l’or qui se trouve dans les minerais a pris des proportions dangereuses. Il est estimé que les effets de l’utilisation du mercure et du cyanure affectent 850.000 personnes  et sont responsable de pertes équivalentes à 19,2% de la valeur ajoutée de l’orpaillage.

Mathias Hien, ancien président du Conseil Régional du Sud-Ouest et ambassadeur IPE : “Nous avons constaté dans certaines zones traversées par le fleuve Bûriba, des trépassements mystérieux d’animaux et de ressources halieutiques. Lorsque nous avons constaté que la couleur du fleuve avait changé (rougeâtre) que nous avons compris que cela était lié à l’orpaillage. Le problème est que plusieurs orpailleurs ne se rendent même pas compte de l’impact de ces produits sur la vie de la population.

Les épisodes vécus à Gombusgou ou à Warweogo, zones dans lesquelles les populations ont été intoxiquées par l’eau contaminée, ne sont pas des faits isolés. Endommagement de l’ADN et des chromosomes ou encore de la fonction cérébrale et des capacités d’apprentissage, tels sont certains effets du mercure sur la santé humaine. Le cyanure par contre peut entrainer des convulsions, lésions, coma et finalement l’arrêt cardiaque. Au Burkina Faso, près de 2/3 des travailleurs des mines artisanales présenteraient au moins 3 symptômes d'exposition chronique au mercure.

Le coton…

Le coton constitue l’un des secteurs les plus importants en termes de contribution au PIB du Burkina. La culture du coton fait vivre près de 3 millions de personnes en milieu rural. Dans la culture du coton, l’usage croissant de pesticides pour faire face à la dégradation des sols et des conditions climatiques génèrent  des impacts négatifs équivalant à 6,5% de la valeur ajoutée du secteur. Environ 350 produits différents sont connus pour être utilisés. Y compris certains herbicides, insecticides et fongicides illégaux.

Les pesticides et fongicides peuvent s’accumuler dans la chaine alimentaire et contaminer les milieux naturels (santé humaine, biodiversité, eau et sols). Cette bioaccumulation peut engendrer des troubles de reproduction, maladies chroniques, cancers et malformations. Dans tous les cas les intoxications liées à l’utilisation des pesticides donnent lieu à des pertes de capacités de travail et des coûts énormes de traitement et d'hospitalisation.

Une étude sur l’utilisation des pesticides au Burkina Faso montre que plus de 46% des travailleurs interrogées ont souffert de symptômes d'intoxication. Soit, plus de 1.630 millions de journées de travail perdues par an. « Il faut se protéger des pesticides, car ils sont dangereux. Lorsqu’on les utilise il faut éviter de manger et de boire. ».  Agriculteur de la région

L’Initiative Pauvreté et Environnement qui est une initiative conjointe entre le PNUD et le PNUE, a estimé le coût de l’inaction dans la gestion des produits chimiques dans le secteur du coton et de l’orpaillage artisanal à 4,2 milliards de FCFA par an, soit 9.3 millions de dollars USD, pour la production du coton et 10,9 milliards de CFA par an, soit 24.2 millions de dollars USD, pour l’orpaillage. Ces coûts ne sont pas pris en charge ni par les fabricants, ni par les autres acteurs de la chaine d’apprivoisement. Ils sont supportés par les victimes et les systèmes de protection sociale.

Solutions…

Les dommages environnementaux relevés peuvent être évités par une meilleure gestion des produits chimiques et un renforcement des contrôles des obligations légales existantes. Une amélioration de la formation des producteurs et des orpailleurs, des individus en contact direct avec les substances chimiques et par une utilisation systématique de technologies plus propres.

Il est important de procéder à une sensibilisation pour amener aussi bien, les orpailleurs, les cotonculteurs, et les populations riveraines,  à comprendre l’effet engendré par la mauvaise utilisation de ces produits.

L’Initiative Pauvreté et Environnement a estimé qu’une meilleure gestion des produits chimiques nécessite des dépenses annuelles d’environ 25 millions de dollars au Burkina Faso. Pour les deux secteurs, le coût de l’action est significativement inférieur aux coûts de l’inaction.

Il est donc plus rentable du point de vue économique d’initier des actions de remédiation qui sont fondamentales au bien être des générations actuelles et futures de burkinabés.